Durant la période de la dictature jacobine, la terreur fonctionna comme un concept normativement positif. Elle signifiait la capacité d’autodéfense de la République, mobilisant la peur de mort comme instrument politique contre les ennemis de l’intérieur. Une tyrannie exercée au nom de la liberté. Pour Maximilien Robespierre, la terreur et la vertu étaient les deux faces d’une même médaille : une forme de justice rapide, inflexible et inexorable. Sur le plan institutionnel, la Terreur s’incarna dans le Comité de sûreté générale et le Comité de salut public, le Tribunal révolutionnaire, ainsi que dans un réseau de comités révolutionnaires régionaux. Durant la phase de la Grande Terreur (juin–juillet 1794), la dénonciation fut imposée comme une obligation légale contraignante à l’ensemble des citoyens. La Terreur coûta finalement la vie à des dizaines de milliers de personnes. JK
1792 - 1795
Septembre 1792 · Massacres de septembre. La canaille parisienne envahit les prisons et massacre plus d’un millier de détenus.
10 mars 1793 · La Convention nationale institue un tribunal d’exception politique (Tribunal révolutionnaire) afin de canaliser la colère populaire (Danton).
13 juillet 1793 · Charlotte Corday assassine Marat. La radicalisation politique s’intensifie et les appels à une répression implacable des ennemis de la Révolution se multiplient.
17 septembre 1793 · La loi des suspects ordonne l’incarcération illimitée des ennemis de la liberté.
Octobre 1793 · Début de la première vague d’exécutions. Marie Antoinette, les Girondins (dont Vergniaud et Brissot), Olympe de Gouges, Phillippe Égalité, Madame du Barry et de nombreux autres sont guillotinés. Dotés de pouvoirs étendus, les représentants en mission combattent dans les provinces toute résistance à la Révolution.
5 février 1794 · Dans son discours sur la morale politique, Robespierre définit la vertu et la terreur comme les principes directeurs de la République.
24 mars 1794 · Exécution des hébertistes ultraradicalisés.
5 avril 1794 · Exécution des dantonists, qui réclamaient la fin de la Terreur.
10 juin 1794 · La loi de Prairial marque le début de la Grande Terreur. Les accusés sont privés de défense. Des preuves morales suffisent à la condamnation. En six semaines, Paris connaît autant d’exécutions que durant l’année précédente.
27 juillet 1794 · 9 thermidor an II. Chute de Robespierre.
28 juillet 1794 · Exécution de Robespierre et de 21 de ses partisans. Au cours des deux jours suivants, 83 autres personnes sont guillotinées.
1 août 1794 · La loi de Prairial est suspendue puis définitivement abrogée le 10 août. La phase des procédures accélérées et des exécutions de masse prend ainsi fin.
7 mai 1795 · Exécution de Fouquier-Tinville, accusateur public du Tribunal révolutionnaire.
31 mai 1795 · Abolition du Tribunal révolutionnaire.
Citations
Immédiatement après la publication du présent décret, tous les gens suspects qui se trouvent dans le territoire de la République, et qui sont encore en liberté, seront mis en état d’arrestation. Loi des suspects, article 1, 17 septembre 1793.
La vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. Robespierre, 5 février 1794.
Le tribunal révolutionnaire est institué pour punir les ennemis du peuple. Loi du Prairial, art. 4, 10 juin 1794.
Le Moniteur
Nonidi 19 Pluviôse, l'an 2 de la République Française une et indivisible (7 février 1794)